Témoignages

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Formulaire de témoignage

Témoignages reçus

  1. Méo !

    Embauchée en 1978, j’ai été affectée au nouveau service qu’avait créé l’INLB suite au mandat que lui avait confié la Régie de l’assurance maladie du Québec. Ce mandat était la distribution des aides mécaniques, électroniques et optiques aux enfants âgés de moins de 18 ans.

    Ce service a été établi dans les locaux du Centre hospitalier Jacques Viger au 850 est rue Dorchester à Montréal et s’appelat le Centre des aides mécaniques électroniques et optiques (A.M.E.O.).

    Qui en était le directeur : MÉO.

    En effet, sur le répondeur, (Éh oui à l’époque., c’était un répondeur) les gens laissaient un message à MÉO…

    Guylaine C.

  2. Rémi Blackburn

    Souvenirs d’un accompagnateur

    Un bon matin d’été ensoleillé à travers le réveil de la ville de Montréal et ses affluences.Les rues avec ses lumières et ses arrêts constants et le GPS de Marco qui nous dicte la voie à suivre avec une précision sécurisante; aussi ce GPS brise le contact impersonnel des non-voyants dans cette grande ville. Arrivés sur les lieux de notre rencontre, Marco et moi cherchons l’endroit le plus propice de notre destination. Tout en se dirigeant vers la porte d’entrée, on entend une voix ensoleillée nous glisser à l’oreille : « Vous êtes Marco, le professeur d’informatique. Moi je suis la fille du père que vous allez rencontrer pour sa formation. » Tout en escaladant les nombreuses marches d’escalier vers les trois étages, on entend ce moulin à paroles , sa fille, cette femme d’énergie et de générosité .Rendus devant la porte d’entrée, on aperçoit ce couple au sourire accueillant. Suivant les regards, sa fille qui se dirige vers sa mère tout en prononçant un peu avec insistance avec les lèvres «  Bonjour maman« , car la mère qui reçoit le bonjour est malentendante et muette. Le visage réjoui, elle reçoit cette tendresse avec des gestes d’amour maternel et complice avec sa fille. Pour le père qui est droit dans le cadre de la porte, un grand homme, sa fille approche tendrement sa main sur sa main avec ses doigts, le touche à quelques endroits ce qui signifie son « bonjour« , car ce père est non-voyant, malentendant et muet. Le père nous tend la main en avant de lui, en signe d’entrée dans son univers à lui rempli de mystère. La scène touchante de cette rencontre fut pour moi, voyant, la découverte de la communication dans toutes les mesures inimaginables .Finalement entré dans l’appartement, Marco s’assoit au bureau où est situé l’ordinateur, vu que les signes de communication du père ne sont pas perceptibles, toutes les informations se font avec les doigts. Leur fille, cette personne si importante à leurs yeux, comme un chef d’orchestre transmettait les informations de Marco par la voix à sa fille et puis par les doigts à son père dans une harmonie de mouvements et de gestes d’un grand respect et parfois dans l’humour. Ces expériences avec les non-voyants nous font réaliser que les humains ont une grande force et une grande capacité d’adaptation aux réalités qui se présentent à nous, que nous, voyants, aurions à prendre mesure de toutes les possibilités qui nous habitent.

  3. Danielle Lagrenage

    Depuis maintenant 10 ans, je fais des activités de lecture au profit des usagers de l’INLB. Comment?
    Une fois la semaine, durant 3 heures je lis à voix haute des livres ou des imprimés près d’un technicien braille qui suit ma lecture grâce à son ordinateur et à sa plage tactile, et ce, avant la transcription finale en braille. J’en ai lu des « bouts » de livres durant toutes ces années : roman jeunesse, psycho pop, documentaires, essais, pièces de théâtre, poésie, romans d’amour, d’aventure, de science-fiction, livres de recettes… Pourquoi des « bouts » de livres? Parce que d’une semaine à l’autre, avec d’autres lecteurs (lectrices) le technicien braille avance la correction du livre et, selon le nombre de pages et le niveau d’interventions à faire, il arrive souvent qu’il ait fini le livre commencé la semaine précédente ou qu’il soit sur le point de le terminer à mon retour.
    L’autre activité de lecture consiste à encoder des livres numérisés au préalable, avant qu’il ne soit édité en braille pour leur vérification finale (voir premier paragraphe). L’encodage consiste à introduire des codes pour faciliter la transcription en braille selon des règles précises. Par exemple, annoncer les noms qui doivent être écrits en intégral plutôt qu’en abrégé (noms propres, mots en langue étrangère, etc.), indiquer les changements de page dans l’imprimé, indiquer les caractères spéciaux (italique, gras, etc.), indiquer les énumérations, présenter les tableaux, indiquer les notes de bas de page, les encadrés, les niveaux de titres, etc. Un simple roman se fait facilement. Un documentaire avec tableaux et vocabulaire spécialisé demande plus d’attention. Une pièce de théâtre avec dialogues, didascalies nécessite plus d’interventions.
    Mais qu’ont en commun ces deux activités? Elles me permettent de lire toutes sortes de livres, moi qui adore la lecture, en plus d’en faire bénéficier les usagers bibliophiles comme moi.
    Voilà pourquoi, bénévoler à l’INLB, pour moi, c’est joindre l’utile à l’agréable.

    Danielle Lagrenade

  4. Pascale Dussault

    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

    Après avoir complètement raté ma première année dans une école secondaire publique parce que j’avais fait un décollement de la rétine et que je n’avais pas d’aides optiques, mes parents m’ont inscrite à l’École Nazareth et Louis-Braille à Longueuil.

    Moi qui venais de passer une piètre année scolaire, bonne dernière, n’ayant presque pas d’amies, ne pratiquant plus aucun sport parce que les profs avaient peur que je me blesse, je suis devenue du jour au lendemain une petite princesse.

    De même que dans la fable du vilain petit canard, j’avançais en boitant et maintenant je me mettais à courir, à voler même. Tout cela parce que j’étais en compagnie d’étudiants qui voyaient moins que moi ou comme moi. Je portais des lunettes munies de loupes avec lesquelles je pouvais lire, j’avais un télescope qui me permettait de voir les adresses et une télévisionneuse. J’ai alors repris confiance en moi et je suis même devenue présidente de ma classe. J’ai aussi fait du sport et j’ai même participé à des compétitions où je suis sortie gagnante.

    Pourtant, le jour où mes parents m’avaient annoncé qu’ils m’inscrivaient à cette école, j’étais très, très malheureuse. J’avais le sentiment d’être rejetée, mais aujourd’hui je peux affirmer que c’est la meilleure chose qu’ils aient faite pour moi.

    En effet, à partir du moment où j’ai pu me comparer avec d’autres jeunes qui vivaient la même chose que moi et être outillée d’aides optiques, je suis devenue tout à fait une autre adolescente : pleine de vivacité, ayant envie de changer le monde comme tous les ados et, depuis ce temps, je me suis toujours impliquée dans le bénévolat. J’ai fait des études en travail social, je travaillais aussi tous les étés et je travaille depuis que j’ai terminé mes études.

    D’ailleurs, mon premier travail d’été m’a été offert par l’Institut lors de l’Année des personnes handicapées. L’Institut avait un kiosque au Pavillon des personnes handicapées à Terre des hommes et j’étais agente d’information. Je donnais de l’information sur la déficience visuelle et j’offrais aux visiteurs d’effectuer des parcours les yeux bandés. J’ai vraiment beaucoup aimé ce travail…

    Il est certain que, pour une adolescente de 14 ans, se lever un matin et être amblyope, c’est la fin du monde, mais mon monde à moi a été parsemé de belles expériences que beaucoup de jeunes qui voient n’ont jamais eu la chance de faire : des compétitions en athlétisme, en passant par des voyages en canot, et combien d’autres.

    En bref, je considère que malgré tout j’ai eu beaucoup de chance d’avoir pu rencontrer d’autres personnes comme moi et d’avoir eu accès aux outils dont j’avais besoin.